L’Habitat ailleurs: Le Laos

De nombreux éléments propres à l’habitat traditionnel du Laos sont communs aux pays que nous avons vus dans les articles précédents. Que ce soit au niveau de l’utilisation des pilotis, en passant par les matériaux employés, mais aussi en ce qui concerne certains rituels religieux.

Toutefois, l’influence des pays frontaliers, le protectorat français ou encore la présence depuis des siècles de très nombreuses minorités ethniques, ont transformé ces modèles architecturaux et même parfois les mœurs.

 

 

Architecture vernaculaire et l’utilisation de l’espace

 

Quel que soit le type de maison examiné, on y trouve toujours le même système d’opposition qui régit son aménagement. Les croyances et les règles de vie lao ont des implications architecturales directes qui permettent d’expliquer la configuration de l’habitat.

Comme pour la plupart des habitations d’Asie du sud-est, la maison lao obéit à des règles très précises en termes de disposition et d’orientation.

 

 

Elle s’organise toujours de la même manière avec un espace extérieur, une terrasse ou une véranda et à l’intérieur une opposition entre les pièces intimes et la pièce de réception délimitée par une de paroi de bois transversale, le Haan.

Depuis le Haan, une seule porte mène aux chambres, ainsi l’endroit est protégé du regard des autres.

La maison doit être orientée parallèlement au cours d’eau, toujours présent à proximité des villages et cet axe doit être également respecté pour la disposition des lits.

 

 

Même si la tradition veut, ici aussi, que la tête du dormeur se trouve à l’est, l’ouest signifiant la direction de l’ombre, la fin de la vie. Dans les faits, le lit se trouve généralement dans le sens de la ligne de faîte, elle-même impérativement parallèle au cours de la rivière. La tête de lit se trouve toujours à l’opposé de la paroi près de laquelle on circule et plus généralement vers la zone de circulation de l’ensemble de la maison.

 

 

Cette règle d’alignement à la ligne de faîte s’applique également aux défunts que l’on place dans la salle commune et toujours dans le sens de la rivière. Dans la région de Luang Prabang, au nord du pays, la tradition diffère. Le mort est installé en direction du Haan et l’on considère qu’il doit être sorti « les pieds devant ». Une fois à l’extérieur il est transporté dans cet axe sans jamais reprendre une position transversale. Une position qui appartient aux vivants.

 

 

Une autre particularité concerne l’emplacement des bâtis, deux maisons face à face dans une même rue ou encore côte à côte ne seront jamais alignées. Elles devront être décalées les unes des autres. Cela s’explique, là encore, par un besoin d’intimité et de protection.

Dans leurs déplacements, les Laos opèreront un angle droit à chaque changement de lieux ou franchissement d’espace. Ils évitent les cheminements droits. Tourner à angle droit à chaque changement de lieu invite celui qui ne peut pas aller plus loin à ne pas regarder vers l’intérieur.

Ils pensent aussi que cela permet de se protéger des esprits qui eux se déplacent en ligne droite. Changer souvent de direction permet de créer des obstacles à leur cheminement.

 

 

Les influences architecturales

 

L’arrivée massive d’immigrés chinois et vietnamiens, ainsi que la présence française ont transformé la physionomie de l’habitât traditionnel lao. Cet échange entre l’architecture locale et l’architecture importée favorise l’apparition de nouveaux modèles architecturaux et l’introduction de nouveaux modes de construction.

 

 

La maçonnerie a fait son apparition depuis le protectorat français, autrefois uniquement utilisée pour les édifices religieux, aujourd’hui elle remplace ou accompagne les matériaux légers. Des parois en dur sont construites entre les pilotis qui n’ont plus besoin d’être plantés dans le sol et les parois de bois sont remplacées par des parpaings.

 

 

D’autres évolutions architecturales bien moins respectueuses du mode de vie lao font leur apparition. Même si, heureusement, ces constructions sont de moins en moins favorisées, les catégories sociales les plus aisées optent souvent pour des ouvrages en béton, très chargés en décors. Balustres, grilles, colonnades, façades blanches et menuiseries en bois précieux vernis. Le témoignage d’une réelle rupture avec l’usage traditionnel. Et avec le bon goût…

 

 

 

Dans un pays qui compte plusieurs dizaines de minorités ethniques différentes ayant chacune leur propre culture et mode de vie. Où bouddhisme, hindouisme et animisme se mélangent et où les uns inspirent les autres et réciproquement, on peut difficilement résumer l’architecture traditionnelle à un seul modèle.

 

 

Nous survolerons tout cela la semaine prochaine.

 

 

 

Auteur de l’article : Mickael Cantello

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